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Nicolas Offenstadt, Le pays disparu – sur les traces de la RDA

21 / 05 / 2019 | L’hospitalier Franck
Compte-rendu d’ouvrage
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1989 - 2019 : trente ans !

Trente ans que le mur est tombé, que deux pays n’en font plus qu’un, l’Allemagne d’Angela Merkel.

Le sujet de Nicolas Offenstadt n’est pas de glorifier, redorer le blason d’un pays vaincu, disparu – la RDA – ni de verser dans l’OSTALGIE. Pas du tout ! Pourquoi alors un professeur d’histoire médiévale à Paris 1 Panthéon Sorbonne, qui s’est intéressé aux mémoires de la Grande Guerre, s’est essayé à cet exercice ?
J’ai peut-être la réponse…

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cliché Pierre-Jérôme Adjedj

Le pays a disparu, oui. Mais l’ex RDA est toujours là, dans des souvenirs d’enfants, honteuse et/ou revendiquée, dominée par l’Ouest, parfois dissimulée, désormais exposée dans des petits musées locaux, etc. C’est un peu comme ce parent, qu’on veut oublier. Il n’a pas été du bon côté pendant la guerre. Il a fait les mauvais choix. On enlève ses habits. Ses diplômes sont rangés dans une boîte, au grenier. Les albums photo ne contiennent plus ses portraits sauf sur les celles des mariages. Quand on se rappelle les fêtes de famille, personne ne cite plus son prénom.
Nicolas Offenstadt affiche en place publique un placard ! Il met devant nos yeux une évidence : la disparition n’est pas une absence. L’ex-RDA est bien présente aujourd’hui.

Comment ? Nicolas Offenstadt s’intéressa aux « traces » d’un Etat et d’une société laissées dans le présent avant même d’enseigner deux ans à l’université de Francfort sur l’Oder : objets du quotidien, bâtiments, friches industrielles, lieux, habitudes, représentations mentales. Il fait de l’histoire ! Bien souvent, l’histoire de l’ex RDA est celle d’une dictature, le négatif de la RFA démocratique et prospère. Raccourci dans lequel il ne verse pas. Aujourd’hui encore, les disparités socio-spatiales et économiques entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne sont importantes.
Pour citer l’auteur, il entend par « traces », un abandon, ce qui a été laissé là par des acteurs du passé, du présent, sans égard pour son insignifiance, pour sa faible valeur monétaire et social, mais du coup aussi comme un indice permettant de réfléchir à ce qui fait abandon. Elle sera aussi conçue comme résistance » de la part des collectifs humains.

Ce sont celles de six hommes et femmes dont il récupère des archives de leur vie professionnelle parce que « l’Allemagne de l’Est est un monde centré sur l’entreprise, sur l’exaltation du travail socialiste et du travailleur avant tout ouvrier, et dont le modèle est celui de l’industrie lourde » (page 11). Elles sont laissées là, abandonnées dans les friches industrielles de ce pays disparu.

Celles d’objets errants, les chocolats Zetti, le Vita Cola, les esquimaux Bako et le Mocca Fix Gold recherché par le héros, Alexander du film Good Bye, Lenine ! pour faire croire à sa mère sortie d’un long coma que l’ex RDA existe toujours. Dépassé le folklore, la brocante locale et des ventes sur ebay, on découvre la place de l’ex RDA au sein du bloc soviétique, d’un pays parmi les économies dirigées, interdépendantes. Et davantage encore d’une société allemande socialiste.

Celles de l’effacement ou la transformation de l’ex RDA dans l’espace public : nom de rue, monuments, bâtiments, censure.
Avec pour conséquence « un sentiment de dévaluation chez les habitants de l’Est, d’être face à des « vainqueurs » qui impose leur système exerçant une forme de « violence symbolique » sur un environnement qui fait partie du passé local, dont on a maintenant « honte » (page 139). C’est la disparition d’Ernst Thälmann, de héros antifascistes, brigadistes étrangers certes communistes voire staliniens, mais pour lesquels disparait l’identification à des valeurs positives.

Celles de la résistance, du renouveau jusqu’à la défense de la RDA. Avec des mouvements culturels, des conférences, une expression nouvelles pour faire le récit d’avant la réunification. Ils font vivre encore la RDA.

On a aimé suivre les pérégrinations de l’auteur dans des lieux ouverts, fermés, interdits avec des « emprunts » définitifs –rien de bien grave – d’objets RDA qu’il ramena de ses séjours (206 lieux « visités » !). On imagine son bureau parisien, avec comme décorations drapeau, tasse, horloge qui n’en font pas pour autant un petit musée de l’ex-RDA. Sans ambition, si ce n’est celui de conserver proche de lui des souvenirs.
Pour autant, son ouvrage n’est finalement pas l’histoire de l’ex-RDA. Nicolas Offenstadt fabrique l’histoire contemporaine d’une Allemagne réunifiée.

Lecture de voyage indispensable, dans son sac avec son guide touristique. Utile pour les nouveaux programmes d’histoire et la spécialité en classe de première. Merci à lui.
Auteur : Franck L’hospitalier

Mise en relation avec les enseignements de spécialité :
Thème 3 : Étudier les divisions politiques du monde : les frontières avec notamment deux axes qui visent à :

  • expliciter pourquoi les acteurs tracent des frontières et quelles conséquences ont leurs actions ;
  • montrer les affrontements, débats et négociations liés aux frontières.
 

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