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Les conflits pour la terre et l’eau en Côte-d’Ivoire, une responsabilité partagée entre l’Homme et la nature ?

30 / 01 / 2012 | GOURGUECHON Christophe
Les conflits pour la terre et son usage - les conflits pour l’eau en Côte d’Ivoire.

La séance est réalisée en salle info afin de visualiser aisément des documents (zoom et cartes couleur). Elle est mise en œuvre afin de placer l’élève en situation de recherche personnelle sur le site tout en l’incitant à manipuler l’outil informatique. D’un point de vue pédagogique, une telle séance permet un accompagnement réellement individualisé.

Objectifs

Connaître les enjeux et les conflits d’intérêt liés à l’utilisation d’une ressource (ici la terre et l’eau), identifier les acteurs impliqués dans les tensions qui en découlent et préciser leur rôle.

Notions abordées

Ressource foncière, usagers de la terre et de ses ressources, acteurs, rôle des acteurs, milieu, conflit d’usage.

Capacités

Manipuler l’outil informatique pour gagner en efficacité dans une situation de recherche d’informations à partir d’un site internet. Utiliser les ressources en ligne pour prélever de l’information de manière critique. Rédiger une réponse organisée à partir des éléments dispersés dans un tableau préparatoire. L’outil informatique et les fonctionnalités du traitement de texte permettent ici de travailler en particulier sur l’organisation des arguments, les idées pouvant être aisément glissées d’une partie à l’autre.

Intégration dans les programmes

La séance trouve sa place dans les programmes de géographie de seconde générale : Thème 2 / Gérer les ressources terrestres

Deux solutions possibles pour la mise en œuvre :

1. Nourrir les hommes / Elle peut être présentée en accroche de la séquence

2. L’eau, ressource essentielle / En étude de cas sur les conflits d’usage

Modalités d’organisation et déroulement de la séance

En salle multimedia (1 heure)

Les élèves complètent la fiche de travail en autonomie. L’enseignant est dans ce type de configuration en mesure d’apporter une aide individualisée. Le cas échéant, l’élève finira de compléter la fiche de travail à la maison (clé USB) pour le cours suivant en se reconnectant.

Travail maison

Les élèves rédigent la synthèse (à rendre une semaine plus tard).

L’état de la question

La Côte d’Ivoire au cœur de l’actualité...

La Côte-d’Ivoire est particulièrement médiatisée depuis les années 1990 (guerre civile et pouvoir politique contesté). Après l’accession à l’indépendance en 1960, le pays est longtemps apparu comme un modèle de développement grâce, en particulier, à l’exploitation et l’exportation de la graine de cacao, dans le sud du pays. Mais partout ailleurs, les populations rurales vivent grâce à des types d’agriculture moins tournés vers l’exportation. Cette agriculture de subsistance est aujourd’hui au cœur de multiples enjeux, au carrefour de questions agricoles donc économiques et sociales, mais aussi politiques.
Comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, le conflit ivoirien récent, bien que principalement médiatisé à travers les violences urbaines, trouve ses origines dans les évolutions rurales et plus précisément agraires. Dans les espaces étudiés ici, la réorganisation des parcelles agricoles s’articule avec les autres éléments de tension développés par les politiques nationales ivoiriennes comme l’ « ivoirité ».

Des tensions ancestrales et classiques en milieu sahélien.

La zone sahélienne est un lieu privilégié de rencontre entre agriculteurs et éleveurs.
Le contact entre agriculteurs et éleveurs aboutit souvent à une complémentarité entre les économies agricole et pastorale (troc, achat de céréales et d’animaux, apport de fumier,...). Mais des tensions et conflits apparaissent aussi dès lors que le front pionnier agricole vient empiéter sur les territoires de pacage ou que les éleveurs investissent les terres mises en culture. De même, pasteurs et paysans (maraîchers, par exemple) cohabitent autour des nappes d’eau et partagent ici la même ressource.

Des changements climatiques qui accentuent les problèmes.

Dans les années 1970 et 1980, les cycles pluriannuels et récurrents de sécheresse sont marqués par la descente en latitude des éleveurs des zones soudano-sahéliennes des pays enclavés voisins : Mali et Burkina Faso. Le gouvernement ivoirien y a vu l’occasion de réduire ses importations de viande et de développer un élevage national en favorisant la sédentarisation des populations pastorales et de leurs troupeaux. La baisse de pluviométrie moyenne enregistrée depuis les années 1970 accentue donc la pression sur la terre et l’eau et donc les tensions.
De ce fait, les années 1990 sont une décennie de profondes mutations pour les savanes ivoiriennes. Au désengagement de l’État à l’égard des programmes de développement rural, s’ajoute une pression anthropique accrue sur les espaces et leurs ressources. La croissance démographique, l’extension des terres mises en culture, l’accroissement des troupeaux a abouti à la colonisation de terres jusque-là marginalisées.

Le maraîchage marchand se diffuse donc dans un contexte nouveau de raréfaction de la terre.

Pratiqué en saison sèche, il est nécessairement dépendant de la proximité de points d’eau pérennes. Limités dans l’espace, les terroirs maraîchers sont enfin d’autant plus recherchés qu’ils sont rémunérateurs et que leurs productions pallient pour partie les revenus aléatoires du coton et la baisse concomitante des budgets domestiques. Le maraîchage accuse donc des situations de compétition entre maraîchers, mais aussi entre usagers divers des ressources en terre et en eau : agriculteurs, éleveurs, chasseurs, etc. Les bas-fonds deviennent les lieux d’enjeux majeurs qui s’expriment à travers des tensions inter- et intra-communautaires.
Au cours des années 1990, le maraîchage a remis en cause ces règles foncières d’accès à la terre et a suscité des tensions inter- et intra-communautaires autour des ressources des bas-fonds.
Tandis que l’aménagement des petits barrages garantissait à l’origine un libre-accès aux points d’eau pour l’abreuvement du bétail, la concession par les chefs de terre de jardins maraîchers autour des retenues d’eau participe à des stratégies villageoises de fermeture de ces espaces au profit des agriculteurs locaux, ce qui multiplie les conflits entre communautés paysannes et pastorales.

A l’heure de la modernisation, le droit coutumier sur la terre mis à mal ?

Depuis l’indépendance (1960), Félix Houphouët-Boigny, essayait de développer un véritable sentiment national. Dans ce cadre, les étrangers, et singulièrement les autres Africains moins favorisés, étaient invités à venir concourir à la réalisation d’un modèle "ouvert". De façon significative, jusqu’à la mort d’Houphouët-Boigny, les étrangers africains auront le droit de vote en Côte d’Ivoire. Dans le même temps, au système coutumier où chacun peut avoir accès à la terre pour assurer sa subsistance se substitue un système de la propriété privée. A l’époque du miracle économique, dans les années 1960-1970, la terre devient une valeur monétaire et demande à être exploitée pour développer le marché ivoirien. Houphouët-Boigny accorde aux ouvriers agricoles immigrés une partie de la terre, qu’ils peuvent exploiter à leur guise.
Certains autochtones revendiquent des terres concédées aux étrangers, alors que ces derniers les exploitent pour vivre, mais sous Houphouët-Boigny, ce conflit reste étouffé par la main de fer du président ivoirien.

La pression démographique et la fin du modèle ivoirien, ferments de l’ivoirité ?

Dans un pays qui passe de 3 millions d’habitants en 1960, à plus de 16 millions à l’aube du XXIème siècle, avec 26% d’étrangers principalement ouvriers agricoles, la pression foncière, la crise économique, l’augmentation du chômage... deviennent autant de sources de graves conflits entre communautés se battant pour l’exploitation de la terre ou l’accès aux points d’eau (espaces de bas-fond).
Les années 1990 se caractérisent par une nouvelle donne. Le marasme économique se poursuit, en dépit d’un court renouveau après la dévaluation du franc CFA en 1994. Surtout, la période est marquée, en décembre 1993, par la disparition d’Houphouët-Boigny. Les fractures et repositionnements politiques qui en découlent conduisent à l’émergence d’un ethnonationalisme qui exacerbe les clivages ivoiriens-étrangers et, sur le plan intérieur, entre le Nord et le Sud.
En décembre 1998, le conflit foncier prend une tournure politique avec la loi foncière que fait voter H.K. Bédié avec le soutien du PDCI et aussi du FPI de L.Gbagbo. Cette loi organise le passage à la propriété privée, tout en empêchant les étrangers de posséder une terre ; leurs terres sont récupérées par l’État.

Les acteurs qui entrent en jeu dans les différents conflits

Les pasteurs et les agriculteurs en conflit pour l’usage de la terre et de l’eau.
Les autochtones et les allochtones en concurrence pour la propriété de la terre.
L’État ivoirien enfin, qui apporte une réponse juridique.

Les ressources documentaires

FROMANGEOT, Audrey, Agriculture et conflits en Côte d’Ivoire : terroirs maraîchers, territoires disputés, in Afrique subsaharienne : territoires et conflits, site géoconfluences, 2006.
http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Afsubsah/AfsubsahScient3.htm

Les questions clés de la crise ivoirienne : La question foncière. Réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale (ritimo), 2007.
http://www.ritimo.org/article203.html

POURTIER, Roland, Côte d’Ivoire, l’éléphant qui vacille, in Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire : des guerres pour qui, des guerres pourquoi ?, Questions internationales – Les conflits en Afrique, N° 5, 2004.

BERNUS, Edmond, « L’évolution récente des relations entre éleveurs et agriculteurs en Afrique tropicale : l’exemple du Sahel nigérien », Cahiers Orstom, série sciences Humaines, vol. XI, n°2, 1974.

Auteur de l’article

Christophe Gourguechon, Lycée Jean Vilar de Meaux (77)

 

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