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FIG 2017 ou les tribulations déodatiennes d’un festivalier cristolien.

18 / 10 / 2017 | GOURGUECHON Christophe

Un petit retour d’expérience sur 3 jours de festival à Saint-Dié-des-Vosges... et une carte des mobilités d’un festivalier lambda.

Arrivée

"Le rideau se lève aujourd’hui sur trois jours de débats, d’échanges, de rencontres, de moments joyeux, d’autres plus sérieux. Trois jours pour réinventer la géographie, la
faire grandir."

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Le journal du festival

C’est sur cette présentation à la une du N°1 du "Quotidien du Festival International de Géographie" de Saint-Dié-des-Vosges que s’ouvre le FIG 2017.
Pour moi, le rideau se lève aussi, il est 8h15 et je viens de trouver, difficilement, une place de parking sur la place de la première armée française. Il y a déjà du monde et nous ne sommes que vendredi... Je me dirige vers le quai du Maréchal Leclerc et l’office du tourisme. Objectif : acheter le programme ! Un premier temps de marche (il y en aura d’autres tout au long du week-end...) qui me dérouille un peu et me fait oublier mon arrivée la veille sur zone, dans la nuit, après une journée de cours couronnée par la première réunion parents-professeurs de l’année.
La Meurthe, descendue du Grand Valtin, me regarde avec nonchalance... ça y est j’y suis : le festival peut commencer pour moi.

Un début marqué par des déconvenues

Plan d’attaque de la matinée : 9h30-11h00, Espace Georges-Sadoul, "L’Afrique face aux défis du changement", une conférence d’Alain Dubresson (Université de Paris Nanterre). J’ai lu ses livres, il me tarde de l’écouter... Il est 8h45, un coup d’œil sur le plan de la ville... Pour rejoindre "Sadoul", il suffit de passer le pont. Je suis en avance... Tout va bien. Ou pas... Devant la salle, une foule d’élèves et de festivaliers. Déjà ? Ont-ils dormi là, devant l’entrée ? J’aurai du y penser, nous sommes vendredi, les élèves de Terminale du lycée Jules Ferry et les Post-Bac de l’IUT ont réservé leur place. A 9h00, tous s’engouffrent dans le hall. Les portes se ferment derrière quelques festivaliers chanceux :"Désolé, c’est complet". Première déconvenue.
Trop tard pour espérer rejoindre une autre conférence ailleurs dans la ville. Un café s’impose en attendant la seconde option de la matinée.
11h15-12h30, Espace Sadoul, encore : Rencontres avec les enseignants - Table ronde : "L’Afrique, les enjeux multiples du continent". A.Dubresson (Nanterre), G.Magrin (Paris I) et les inspecteurs généraux C.Biaggi et L.Carroué. Trente minutes d’attente et "C’est complet, désolé !". Ils ne sont pas sortis de la salle et enchaîne les deux programmes... Seconde déconvenue. Il va falloir se ressaisir... Direction le salon du livre, à côté de l’Hôtel de ville, j’en profiterai pour émarger sous l’œil d’un Jules Ferry statufié non loin de là.
La tour de la Liberté surplombe les chapiteaux abritant le salon de la BD et les espaces de découverte gastronomique. A 10h00, il y avait là une Conférence-dégustation "Découverte des vins d’Afrique du Sud - Région Coastal". J’aurai peut-être mieux fait d’y venir plutôt que de me casser le nez devant l’espace Sadoul. Problème de stratégie ou d’ubiquité ? Le salon du Livre tout proche m’offre un havre de paix et je découvre les nouvelles parutions géographiques avant d’aller déjeuner et de préparer la suite de la journée.

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La tour de la liberté
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Le salon du livre Amerigo Vespucci

La vraie ouverture de "mon" festival

A 14h30, j’ouvre enfin le compteur des conférences au Lycée Jules-Ferry. Marie Redon (Paris 13) nous présente ses recherches sur les combats de coqs (Thème du FIG 2017 oblige). Entre les "Gagueres" d’Haïti et les "Futu maru" du Timor oriental, étude comparée de ce qui se joue autour de ces gallodromes : enjeux financiers, acteurs, mobilités. On est au cœur des problématiques géographiques autour d’un sujet hors-norme. Questions de la salle sur le droit des animaux et l’impossible mondialisation d’un phénomène qui reste définitivement marqué par le "local".
J’enchaîne avec la conférence suivante sans bouger de ma chaise. On ne m’y reprendra pas aujourd’hui et ailleurs, je crains de me faire refouler une nouvelle fois. De toute façon, j’avais coché en amont de ma venue la conférence de Samuel Despraz qui suit. "Protéger l’animal pour contrôler l’homme ? Réflexions croisées Europe/Afrique du Sud". Samuel Despraz (Lyon 3) et Sylvain Guyot (Bordeaux Montaigne) s’interrogent sur le poids de l’animal sauvage dans les représentations des sociétés autour d’animaux emblématiques, de la marmotte et du bouquetin en Vanoise, au tigre en Inde en passant par le gorille au Congo ou le komodo indonésien. Alain Guyot évoque en particulier les conflits d’intérêts qui se sont joués (et qui se jouent encore ?) entre "blancs" et zoulous autour de la chasse en Afrique du Sud. Samuel Despraz évoque le caractère sélectif de la protection des espèces animales. Les deux chercheurs présentent surtout la notion d’éco-gouvernementalité qu’ils construisent autour de la notion foucaldienne de gouvernementalité et s’interrogent sur la capacité des sociétés à intégrer la protection de la nature dans leur développement en évitant le "patho-centrisme" parce que "l’émotion seule, rend aveugle..."
Nouveau déplacement au pas de course pour rejoindre l’espace Carbonnar, près de l’hôtel de ville, et suivre la conférence "géo duo" de Philippe Sierra et Farid Benhammou (deux enseignants de CPGE à Toulouse et Poitiers). "Les géographes et les animaux : une lecture historique" reprend en les développant les éléments de leur article conjoint paru dans Le dossier du n° 439 de la revue Historiens & Géographes de Juillet-septembre 2017. Ils s’interrogent sur la trop longue période à leurs yeux où les géographes ont cessé d’intégrer le monde animal (non-humain) dans leurs problématiques, questionnent le "moment-Reclus" et plus près de nous présentent entre autres, les travaux de E.Baratay (le point de vue animal) et l’approche culturelle d’Estebanez (UPEC).
C’est d’ailleurs avec la conférence de Jean Estebanez que j’achève cette première journée, en face de la gare, au Bar l’Actuel, qui accueille un Café géographique. L’occasion de déguster mon premier pâté lorrain de la session. On mange local à saint-Dié ! Le chercheur de l’université de Paris-Est Créteil se demande (faussement) "A quoi servent les zoos ? " et analyse cet objet géographique au prisme du concept d’humanimalité qu’il a contribué à forger au cours de ses recherches. Intervention aussi sur la question de la production du sauvage et de l’exotique et l’organisation de la rencontre entre l’homme et l’animal dans ce contexte de parc zoologique.

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Café Géo Jean Estebanez

Après un début difficile ou je me suis senti quelque peu "en marge" du festival, la journée s’est finalement bien remplie et pour parler familièrement "est sauvée". Je ne suis pas venu pour rien et je repars avec l’envie de me replonger dans les divers concepts évoqués au fil des interventions.

Seconde journée

Samedi 30 septembre. La deuxième journée s’ouvre sous un ciel un peu plus menaçant, mais pas de quoi s’embarrasser d’un parapluie (en fait, si... mais je le découvrirai plus tard).
A la salle Carbonnar, à 9h00, les festivaliers ne se pressent pas en masse pour la conférence de Joëlle Smadja (CNRS-Centre d’études Himalayennes). Son intervention sur "Le tigre et le rhinocéros, étendards des luttes dans le parc national de Kaziranga en Assam (Inde)" permet d’évoquer à nouveau les problématiques liées aux représentations du monde animal et en particulier de l’animal sauvage par les sociétés humaines, de la chasse, de la protection et des enjeux multiples autour des expulsions de communautés humaines dans le cadre de l’extension des zones protégées.
Une heure plus tard, la salle se remplit un peu plus pour écouter François Taglioni (Université de la Réunion) Mauricio Fuentes Vallejo (doctorant de Paris 8) autour de l’exemple de la dengue en Nouvelle-Calédonie et Colombie. L’occasion d’aborder les questions des menaces animales sur la santé humaine dans un contexte de mondialisation accélérée.
Le déjeuner passé, je me dirige vers le Musée-Pierre Noël pour une nouvelle conférence duo présentant le futur programme "Lynx Massif des Vosges" visant à restaurer l’état de conservation du lynx boréal dans le massif vosgien. L’occasion de se poser sur une démarche de coopération et de concertation des différents acteurs qui fait pendant à nos présentations en classe de l’aménagement des territoires en France. Un cas d’aménagement à suivre et à utiliser dans mes prochains cours ?

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Conférence duo géo - Programme Lynx dans le massif vosgien

15h30 : Atelier numérique ! "Étudier un exemple d’aménagement du territoire français avec Edugéo : l’estuaire de l’Orne" ou comment faire réaliser un schéma cartographique sur ordinateur à des élèves de lycée pro ? Une séquence transposable avec mes élèves, sans doute... A garder en tête, donc.
L’après-midi se termine dans l’amphithéâtre de l’INSIC, avec une belle brochette de chercheurs qui s’amusent autour d’une question provocatrice : "La géographie est-elle un sport de combat ?" - Sous-titre : "Décentrement, Altérités, Alternatives, Marges". Sur "scène" : Christian Grataloup (Paris-Diderot), Olivier Milhaud (Paris-Sorbonne), Dominique Chevalier (Lyon 1), Philippe Pelletier (Lyon 2), Pierre Singaravélou (Paris 1). Tout ce beau monde, canalisé tant bien que mal par Fabrice Argounes (UMR géographie cités). Place de la géographie à l’école (Grataloup), réflexivité et conterfactuel (Singaravélou), l’espace carcéral comme objet géographique (Milhaud), spatialisation des mémoires et mise à distance du chercheur (Chevalier), engagement citoyen (Pelletier) : des thèmes qui se répondent ou s’entrechoquent dans une série d’interventions qui laisse la part belle aux questions des spectateurs. Oxygénation garantie !
Alors que le jour décline, je file chez mon logeur déguster mon second pâté lorrain (fait maison) de la semaine... Local, local...

Troisième et dernière journée

Dimanche 1er octobre (déjà ?!). Est-ce la fatigue qui me gagne après deux jours de déambulations pédestres, je décide de motoriser mes déplacements ce dimanche. Le parcours prévu pour la matinée s’y prête bien et les lieux sont relativement éloignés l’un de l’autre (voir carte ci-dessous).
Un détour par le Kruger Park avec Roland Pourtier (Paris 1) entre protection de la nature et enjeux géopolitiques (Au KAFE). Suit une conférence de Gilles Pelletier au lycée Jules-Ferry : "Élisée Reclus et la question animale". Passionnante plongée dans une géographie qui se veut parfois libertaire.
Enfin, à l’IUT, "l’homme et les animaux sauvages dans le parc national de Kibale, Ouganda" par Sarah Bortolamiol, (Université McGill de Montréal). Arrivé un peu plus tôt, je chipe au passage les derniers morceaux de la conférence précédente ("L’ours au "pays de l’ours" dans les Pyrénées centrales, 20 ans de discours sur le territoire" par F.Benhamou et P.Sierra). Un festival qui s’achève sur les jeux d’acteurs des Pyrénées à l’Afrique centrale. Problématiques si proches si éloignées...

La carte des mobilités d’un festivalier lambda

Au total, 3 jours de FIG s’est aussi beaucoup de déplacements à pied surtout parce qu’une ville "ça se marche". Des mobilités qui, au fil de trois jours de déambulation, rayent le plan de Saint-Dié de zébrures tout animales, parce que pratiquer un festival, c’est aussi essayer de construire une stratégie de déplacement qui veut articuler l’envie de tout voir (impossible) et la contrainte de distance (la distance... comme toujours en géographie). La distance sous toute ses formes, celle qui nous fait rester à la porte de certaines conférences, faute de place (c’est la lutte des places en direct !), ou celle qui nous fait rater, faute de temps, nombre d’autres interventions.

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La carte des mobilités d’un festivalier lambda

Version animée de la carte des mobilités ici.

Mes trois jours de festival s’achèvent, comme chaque année, par un passage dans le marché des saveurs et des produits gastronomiques d’ici et d’ailleurs. Inenvisageable de rentrer sur Créteil sans emporter de quoi se remémorer par le goût ces moments de découvertes intellectuelle et pédagogique vivifiantes. Je charge les victuailles à côté des bouquins glanés au salon du Livre et reprends la route en attendant impatiemment la version 2018 du FIG.

Christophe Gourguechon - Octobre 2017

 

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  • 17 novembre 2017

    Le portrait robot du poilu campinois : il se prénomme Louis, est né en 1895 ; son âge moyen est de 28 ans; il est brave et décoré. #NumCreteil @educatectice Merci à Philippe et à Julia @Jul_Dum pour cette présentation belle et instructivepic.twitter.com/mpUDgC6Rsb
  • Et dresser le portrait robot du poilu campinois lien
  • #WWII #VendrediLecture #BD À lire ! Une adaptation en roman graphique du "Journal d'Anne Frank" par Ari Folman et David Polonsky aux éditions @calmann_levy -> lien
  • Portes ouvertes ce week-end (17-18/11) pour les 10 ans de la cité de l'Architecture et du Patrimoine @Citedelarchi : lien
  • 15 novembre 2017

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