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Actualités et documentaires de propagande dans la France occupée (1940-1945).

mercredi 12 janvier 2005

N’hésitez pas à consulter l’article sur Images de guerre 1940-1945

 Intervenant :

Jean-Pierre Bertin-Maghit

Jean-Pierre Bertin-Maghit étudie la propagande dans les documentaires diffusés dans les cinémas français pendant l’Occupation. Tous les films projetés étaient toujours précédés d’un journal d’actualités et d’un documentaire. Entre fin juillet 1940 et novembre 1942, les actualités de la zone Sud sont produites par France-Actualités et Pathé-Gaumont, sous la direction de Vichy. La zone Nord connaît une version française des actualités allemandes, complétée par quelques reportages spécifiques à la France. Après l’occupation de la zone Sud, il n’y a plus qu’un journal franco-allemand, France-Actualités. Jusqu’en 1942, le contexte est celui d’une double propagande, celle du régime de Vichy, et celle de l’occupant. A partir de novembre 1942, avec l’occupation de la zone Sud en 1942, seule la propagande allemande demeure.

 Entre juillet 1940 et novembre 1942 : une double propagande

Le régime de Vichy met en place, dans des "films d’intérêt national" commandés par le Secrétariat général à l’Information, une propagande d’intégration, son l’objectif est de rassembler tous les Français. Les thèmes abordés sont : le passé glorieux de la nation, les discours du gouvernement français, le thème de la Révolution nationale (travail, famille, patrie), et l’imagerie maréchaliste. En revanche, ni la ligne de démarcation, ni les lois d’exclusion ne sont évoquées dans les documentaires comme le bimensuel La France en marche.

La propagande allemande est de nature différente, elle constitue une propagande d’agitation et d’exclusion. Elle met l’accent sur les ennemis du IIIe Reich et la nécessité de les pourchasser. Ainsi, les titres des documentaires allemands proposés aux Français en sont une parfaite illustration : Les corrupteurs, Forces occultes, Le péril juif...

Dans l’un et l’autre cas, ces documentaires sont surtout diffusés dans les salles du cinéma traditionnel, en complément des actualités et du film. Dans la zone Sud, ils sont aussi proposés dans le cadre de séances éducatives, destinées aux écoles et aux entreprises. Ils sont également diffusés dans les camps et les centres de formation de la jeunesse. Enfin, des salles de cinéma sont aménagées dans le cadre des grandes expositions organisées en zone occupée (Le juif et la France, Le bolchevisme contre l’Europe...).

Quelle que soit leur origine, tous ces films de propagande se présentent comme des documentaires, c’est-à-dire comme des témoignages, des sources d’informations réelles. La place de ces documentaires n’est pas laissée au hasard ; ils sont diffusés avant le film de fiction, comme les documentaires d’avant-guerre. Ils adoptent la forme d’un documentaire "classique". Cependant, leur esthétique est radicalement différente.

Le régime de Vichy s’appuie sur une imagerie consensuelle de séduction, sur des images harmonieuses, qui s’emploient à « gommer » l’occupation. A titre d’exemple, le thème du travail est souvent lié à l’imagerie paysanne : "La terre, elle, ne ment pas". Il passe aussi par la nécessaire reconstruction après la guerre ; il s’agit alors de revenir à la paix dans la cohésion et la fraternité : "la vie normale, momentanément interrompue par la guerre, doit reprendre". Ce dernier commentaire réussit le tour de force de n’évoquer à aucun moment le changement essentiel qui est l’occupation d’une partie du territoire national.

A cette propagande sans relief, dont le but politique ne passe souvent que par le commentaire en « voix off », s’oppose la propagande allemande, au parti pris esthétique beaucoup plus marqué.

Le discours politique est davantage présent dans le montage que dans le commentaire, on y retrouve l’influence du cinéma expressionniste allemand. Ainsi, dans Forces occultes, les francs-maçons, au faciès patibulaire, se déplacent dans un espace où l’ombre et la lumière sont fortement contrastés. Ces documentaires sont aussi fondés sur une technique d’interpellation du spectateur, et sur un aller-retour constant entre un ton très affectif et un regard qui se veut plus factuel (graphiques, chiffres précis...), le tout est présenté comme réel. Forces occultes se veut la reconstitution réaliste de (pseudo) rituels maçonniques particulièrement inquiétants. Il existe aussi d’autres documentaires qui mettent en scène des résistants dont le patriotisme n’est qu’apparent. Ces derniers recherchent l’appât du gain ; on y retrouve tous les poncifs des films policiers américains. Cette propagande joue ainsi tout autant sur l’image et l’accompagnement musical que sur le commentaire.

 A partir de novembre 1942

L’occupation de la zone Sud en 1942 entraîne des changements radicaux, sur les écrans, seule la propagande allemande demeure. Les autorités allemandes interdisent celle du régime de Vichy, car elles ne souhaitent pas développer la fibre patriotique. Elles ne retiennent du régime de Vichy, uniquement les éléments qui concernent la personnalité du Maréchal et de sa parole. Parfois, les autorités allemandes procèdent à l’imitation de la voix. Le discours dominant est celui de l’exclusion et de la dénonciation de l’ennemi.

Ce cadre chronologique est fondamental pour l’étude de la propagande en France : jusqu’en 1942, les Français n’ont pas vu les mêmes images, n’ont pas été soumis aux mêmes discours. C’est pourquoi il faut aborder des films comme L’œil de Vichy, de Claude Chabrol, avec précaution. En effet, ce film ne fait aucune distinction entre la propagande (Le péril juif est un film allemand de 1939, adapté pour la France en 1941 pour l’exposition Le juif et la France, et diffusé en zone occupée), et les différentes périodes (les Français de la zone Sud n’ont souvent connu les images allemandes qu’après 1942 ; la propagande vichyste n’était pas présente dans la zone occupée, et a disparu en tant que telle des salles de cinéma en 1943).

Jean Marcel Guigou

Voir en ligne : Analyse du dévédérom sur Images de guerre

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