De nouveaux transports pour de nouvelles mobilités ?

Table ronde animée par Sylvain Allemand journaliste à Sciences Humaines, avec Etienne Auphan, (Université Paris IV), Jean Olliver (Université de Rennes) et Pierre Merlin (Université de Paris I)

lundi 15 juillet 2002

 Intervenants

Table ronde animée par Sylvain Allemand journaliste à Sciences Humaines, avec Etienne Auphan, (Université Paris IV), Jean Olliver (Université de Rennes) et Pierre Merlin (Université de Paris I)

 Contenus

Quels sont les paradoxes engendrés par la nouvelle mobilité obtenue grâce aux innovations dans les transports ?

Les interventions et la réflexion menée nous permettent de dégager trois axes principaux : vitesse, polarisation et planification.

 La vitesse

E.Auphan introduit le sujet en répertoriant rapidement les principales innovations qui ont modifié les transports et la mobilité des hommes dans la deuxième moitié du XXe siècle. Il rappelle qu’outre la vitesse, des innovations moins visibles mais importantes ont marqué ce domaine ces dernières années. Ce sont essentiellement des innovations dans les techniques électriques et les techniques commerciales (Carte Orange par exemple). P.Merlin illustre ces propos à partir de l’exemple du transport aérien. En effet, la conquête de la vitesse a atteint aujourd’hui un seuil et les préoccupations technologiques actuelles sont plutôt orientées vers la protection de l’environnement ( consommation, bruit, sécurité). J.Ollivero reprend les progrès de la vitesse en indiquant qu’aujourd’hui, elles sont souvent cumulées. Ainsi on peut se trouver dans le TGV et téléphoner en marchant dans le wagon ou plutôt la rame.

 La polarisation

Il semblerait que désormais nous vivions dans l’obsession de la mobilité et que ce comportement modifie nos rapports au territoire puisqu’il nous entraîne à fonctionner en réseau et plus seulement en surface. D’après P.Merlin une des conséquences de la vitesse est l’éclatement de l’espace qui, notamment, étend le rayon des villes. Ces extensions à différentes échelles conduisent à l’affaiblissement des identités régionales et locales, au dépérissement des centres-villes et à une faible identité des espaces périphériques. En effet, cette vitesse désarticule la ville, introduit de nouveaux coûts et accentue les inégalités sociales. En effet, prés de 60% de la population reste " captive " des moyens de transport. J.Ollivero souligne que la vitesse entraîne des discontinuités territoriales, les zones occupées sont de plus en plus polarisées et seuls ces nœuds de transports sont reliés. Il y a donc là un paradoxe entre l’effet du système de transport qui tend à polariser alors qu’il devrait faciliter les diffusions et la circulation des flux.

 La planification

La réduction du temps de travail, ajoutée à une mobilité plus grande et à déplacements plus nombreux, rend nos transports multimodaux et intermodaux. On assiste également à un décloisonnement des types de déplacements (migrations alternantes, déplacements personnels…) donc à une mixité des déplacements. On note que la vitesse a renforcé le centralisme français en matière de transport mais qu’elle en est aussi la manifestation. Par ailleurs, le choix de la grande vitesse est générateur de ségrégations et de coûts écologiques. Il semble qu’en France "aménagement du territoire" et "planification des transports" n’aient été que rarement associés dans une politique cohérente. Or la planification des transports doit être appréhendée de façon multidimensionnelle : technique, économique, sociale et environnementale.

 Quels réinvestissements pédagogiques ?

Niveau 4e : La France/ L’aménagement du territoire L’étude d’une carte du réseau à grande vitesse permet de mettre en valeur le centralisme français et de faire comprendre que ce choix n’atténue pas les déséquilibres.
Niveau 3e : Elaboration et organisation du monde actuel/ Géographie du monde d’aujourd’hui/ Circulation des hommes et des biens.

L’éclatement de l’espace, conséquence de la vitesse peut-être souligné en étudiant les flux touristiques (Le syndrome de la "robinsonnade"). La polarisation de l’espace apparaît lorsqu’on aborde les réseaux d’échanges planétaires. Les relations entre les grands pôles l’emportent sur les relations de ceux-ci avec leurs arrières-pays.

Education civique : Les débats de la démocratie/ L’Etat en question. On peut faire réfléchir les élèves sur les choix de l’Etat en matière de services publics : avec la fermeture des lignes secondaires sur le réseau ferroviaire, l’Etat opte pour la rentabilité et accentue les ségrégations dans l’espace.

 Auteurs de l’article

Laurence BLACHERE et Claudine FOUQUERE académie de Créteil et académie de Versailles

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