- Intervenant
- I - Les acteurs institutionnels : (...)
- II - Le mouvement associatif en (...)
- III - Rôle des ouvrages imprimés et (...)
- IV - Acteurs et réseaux privés
- V - La question de l’émigration des (...)
- VI - Diffusion des idées technologiques
- Point de vue de l’auditeur et (...)
- Suggestions pédagogiques
- Auteur de l’article
Intervenant
Michel COTTE université de Belfort-Montbéliard
Contenus
En quoi l’industrialisation n’est-elle pas graduelle, mais dynamique ?
En quoi y-a-t-il échange des technologies entre les régions ?
Nécessité de synergies locales et d’une réceptivité de la part du terrain ( l’innovation technologique doit être admise socialement).
I - Les acteurs institutionnels : le cas français
Dès le 18e s., un bureau du commerce organise des voyages en Angleterre et en Allemagne, dans la tradition du "grand tour". Les ingénieurs qui en reviennent, avec rapports et idées nouvelles, lancent des innovations industrielles. Ces implants échouent souvent car le milieu n’est pas prêt. Avec la Restauration et l’Empire, les missions continuent, mais avec des préoccupations différentes. De la sidérurgie et du textile, on glisse vers les Travaux Publics, qui constituent un goulot d’étranglement. Une politique de reconnaissance des brevets étrangers ( dès 1825 ils constituent 20 à 25% des brevets annuellement déposés en France et resteront en moyenne au taux de 15% jusqu’en 1850 ), alliée à une "délocalisation" d’ingénieurs anglais vise à diffuser les innovations industrielles en France. L’invention de la chaudière tubulaire par Seguin en 1828 donnera lieu à 17 brevets déposés dont 9 seront d’importation.
Le même esprit se retrouve ailleurs ( Allemagne, Russie, E.U., Japon, avec la 1re mission à Lyon pour étudier les métiers Jacquard...)
II - Le mouvement associatif en faveur de l’industrie nationale
- Rôle de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale ( avec Chaptal en 1802), traversale aux différents ministères et qui émet un bulletin pendant tout le siècle. Elle dispose d’une dizaine de correspondant étrangers.
- Le mouvement existe à l’échelle régionale avec le développement d’expositions de produits ( ex. Bordeaux dès 1827, Mulhouse 1838...) et distribution de médailles. La encore il y a simultanéité dans d’autres états européens.
III - Rôle des ouvrages imprimés et des bulletins : Essor avec la professionnalisation de l’édition et l’amélioration des techniques.
Le bulletin de la Société d’Encouragement, bien fait, comportant des sujets variés, compte de 35 à 45% de compte-rendus étrangers ( dont la moitié anglais), de 1804 à 1820. La circulation des idées est un préalable à l’innovation ; L’apport se réduit à 20% dans les années 25-30. De nombreux bulletins et périodiques sont édités en langues étrangères. De nombreux secteurs industriels ont leurs propres revues ( reprises et "naturalisées" à l’étranger : l’idée se déplace, traduit d’autres préoccupations..).
IV - Acteurs et réseaux privés
la connaissance de l’étranger : Que ce soient les correspondances ( Seguin et Stephenson ont échangé au moins une quinzaine de lettres...) ou les voyages privés " très ciblés", les occasions de diffuser l’innovation sont nombreuses. Par exemple la bourgade d’Annonay se dynamise autour de Seguin qui n’organise pas moins de 7 voyages en Angleterre entre 1825 et 1830. La bi-culturalité ( Français immigrés, mariages...) joue aussi un rôle important dans la diffusion.
V - La question de l’émigration des techniciens
Elle est d’un grand intérêt pour les Britanniques, payés double entre 1815 et 1850, mais ce mouvement d’importation de main d’oeuvre concerne surtout le littoral français et Paris. Ailleurs on se passe d’eux.
VI - Diffusion des idées technologiques concernant les ponts suspendus
De 1804 à 1819, sur 101 articles des revues spécialisées consacrées aux ouvrages d’art, 15 concernent les ponts suspendus. L’innovation technologique nait aux E.U., gagne l’Angleterre en 1816 et la France en 1820... De 1820 à 1829 on dénombre pas moins de 390 articles sur les ponts et ouvrages d’art ( dont 246 sur les ponts suspendus), dans les revues. L’innovation suscite des améliorations et se diffuse. Les ingénieurs français remplacent la technique des chaînes forgées, par celle du câble ( technologie Seguin ) et il est intéressant de noter le retour à la "case départ" de l’innovation, qui retourne ainsi aménagée aux E.U. (cf le Golden Gate...).
Le court débat qui a suivi a mis l’accent sur la qualité du substrat quant à la diffusion de l’innovation. Montrant que par ex. la Normandie, pourtant proche de l’Angleterre, n’a pas innové aussi rapidement car elle possédait une énergie bon marché ( l’eau...), qui permettait des productions satisfaisant la demande du marché. L’acceptation sociale se faisant, elle aussi, plus ou moins facilement ( cf. résistances ouvrières à la mécanisation, vécue comme déqualifiante...).
Point de vue de l’auditeur et suggestions pédagogiques
Conférence dense et menée avec beaucoup de dynamisme. Un bon exercice universitaire, qui se montre tout à fait adapté aux attentes d’un public enseignant. Une bonne heure de "formation continue", qui sans être révolutionnaire, replace quelques jalons essentiels.
Suggestions pédagogiques
L’éclairage apporté et les exemples fournis semblent tout à fait trouver leur place dans le cadre des nouveaux programmes de seconde, qui invitent à se pencher sur la première industrialisation... Si l’ogre anglais demeure, il y a ici de quoi briser quelques stéréotypes... L’innovation est multiple en ces années du début de 19e siècle. Il peut-être intéressant à partir de ces informations, et/ou d’autres bien choisies, de faire construire aux élèves un organigramme, montrant tous les liens qui peuvent exister entre les acteurs de l’innovation et comment celle-ci voyage et évolue.
Auteur de l’article
Didier MASFRAND Académie de Versailles