Les nouveaux loisirs fabriquent-ils un nouvel urbanisme ?

Table ronde animée par Maria Gravari-Barbas

lundi 15 juillet 2002

 Intervenants

Table ronde animée par Maria Gravari-Barbas

Contenus

 1 - Les parcs Disney

L’intervention de Sophie Didier (Université de Nanterre) est consacrée aux sites de loisirs créés par Disney. La conception d’origine localisée dans le comté d’Orange près de Los Angeles en 1955 est innovante dans la mesure où il s’agit d’un parc à thème mais la forme l’est moins, puisqu’elle existait déjà dans le cadre des expositions universelles. Les caractéristiques du parc à thème lancé par Disney sont les suivantes :

  • l’isolement du parc
  • l’insularité du parc par rapport à l’environnement
  • l’organisation spatiale du parc, structuré par une artère, la rue ou Main Sreet.

La véritable innovation vient de la promotion synergique. A la fin des années soixante, le parc comptabilise 10 millions de visiteurs par an. Disney devient le pilier de la culture de la suburbia dans laquelle domine la culture privée. Le parc de la Silicon Valley ou celui de Sun City relèvent des même principes : isolat et culture privée. Le shopping center créé à la fin des années cinquante est lui aussi isolé au niveau de l’espace piétonnier, mais il est toutefois relié à la ville par des moyens de transport. Dans les années soixante, la suburbia connaît une crise due à la congestion automobile. Cette crise conduit à valoriser les parcs à thèmes. Le modèle se diffuse.

A l’occasion du lancement du parc Disney de Floride, on assiste à une évolution. D’une part, le lancement est assuré par une couverture médiatique sans précédent, Robert Venturi est choisi comme architecte, et d’autre part une innovation apparaît par rapport au concept du premier parc, une ville privée est créée. A côté des parcs à thèmes, des espaces d’hébergement, de services et de commerces, des espaces résidentiels ont été aménagés. A Disneyland, la firme Disney a acquis 2 000 hectares de terrain et n’en a pour le moment aménagé que 200.

 2 - Le Futuroscope

Jacques Beauchard (Université de Paris Val de Marne) traite du parc de Poitiers, né de la volonté du Président du Conseil Général, R. Monory, de dynamiser le département. Le parc a en effet incité trois entreprises à s’implanter sur le site ou à proximité. Les effets sont sensibles dans les villages et les bourgs voisins, qui ont vu leur population augmenter et où de nouveaux métiers se développent.

 3 - Les stations balnéaires méditerranéennes

Jean Rieucau (Université de Monpellier III) a étudié le changement qui s’opère dans les stations touristiques en France et en Espagne. Des stations comme Cullera ou Benidorm qui étaient vides l’hiver, sont désormais habitées toute l’année. Les actifs résidents et les résidents permanents ont augmenté. Le modèle urbain des stations change. Dans le cas de Cullera, deux villes coexistent, la vieille ville autour du port et la nouvelle ville touristique. Cette dernière devient un espace urbain à part entière. Les habitants s’approprient ces villes qui n’avaient pas de passé, par exemple en donnant des noms aux artères. Les paysages urbains reflètent cette évolution. On assiste à un glissement : la station touristique devient une ville. J. Rieucau propose un nouveau concept, celui de ville-station.

 4 - Les étapes du tourisme

Georges Cazes (Université de Paris I) apporte des éléments pour une réflexion épistémologique. Il observe que le tourisme a évolué et distingue quatre stades dans cette évolution. Le tourisme n’a d’abord été qu’un appendice de l’activité économique et son emprise spatiale était insignifiante. Il est ensuite devenu un producteur d’espaces spécifiques, avec les stations dites intégrées mais en réalité isolées. Dans un troisième temps, le tourisme est devenu le noyau d’opérations d’aménagement d’envergure, globales. Enfin, la quatrième étape, qui représente pour G. Cazès une rupture, voit le tourisme s’engager, à travers des firmes, dans des projets d’aménagements importants, qui concernent des quartiers, des villes entières, des espaces propices à l’écotourisme et à la création de nature. Les loisirs, qui étaient saisonniers, deviennent permanents. La mobilité prend une importance croissante, au point que la D.A.T.A.R. prévoit de mettre les territoires en mouvement. G. Cazès pense que ces mobilités sont portées par la demande de loisirs.

 Point de vue de l’auteur

Les interventions ont été dans l’ensemble très intéressantes et se sont appuyées sur des documents cartographiques et photographiques de qualité. Un nouvel urbanisme semble bien s’élaborer et ce, à différentes échelles. Les interventions ont répondu au contenu annoncé de la table ronde. Toutefois, comme d’ailleurs pour d’autres tables rondes, c’est davantage de nouveauté, de changement, de mutation dont il a été question, sauf peut-être pour les parcs Disney, que d’innovations.

 Utilisation pédagogique

Les exemples développés peuvent parfaitement être réutilisés dans le cadre de plusieurs programmes : les Etats-Unis, la France, l’Europe. Leur contenu mériterait d’être intégré au plus vite dans la réflexion des enseignants afin de ne pas pérenniser des modèles urbains ou touristiques qui sont à l’évidence en pleine mutation. Par exemple, le concept de station touristique intégrée doit être nuancé comme l’a montré G. Cazès. De même, les parcs à thèmes ne sont pas seulement des lieux d’activités tertiaires mais constituent des formes nouvelles, voire innovantes d’urbanisme. Les nouveaux loisirs modifient l’organisation spatiale des villes mais aussi l’organisation des territoires régionaux ou nationaux, utilisés autrement dans le contexte d’une demande croissante de loisirs.

 Auteur de l’article

Cécile PICARDAT Académie de Paris

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