Histoire-Géographie

  Accueil > Enseigner > Ressources en Histoire > Cycle 4 > Traces de Soldats, le datasprint historique

Traces de Soldats, le datasprint historique

01 / 07 / 2019 | Dumont Julia
Durant le mois d’Octobre 2018, à l’occasion du centenaire de l’Armistice, 70 classes d’une vingtaine de département français ont participé au premier datasprint pédagogique “Traces de Soldats”.

Traces de Soldats propose à des classes de travailler en interdisciplinarité autour de la Première Guerre mondiale. Il s’agit pour les élèves et les professeurs de partir des données numériques ouvertes en ligne pour appréhender les parcours de « Poilus » de la Grande Guerre. Cette expérience d’équipe, accompagnée par un Atelier Canopé de proximité, fait appel aux savoirs-faire de toutes les disciplines : histoire, géographie, mathématiques, technologie, arts-plastiques, lettres documentation… Autant de points de vue et d’expertises pour travailler le devoir de mémoire de manière contemporaine, représenter l’expérience combattante et les ravages du premier conflit mondial à travers des trajectoires humaines singulières et concrètes grâce aux datas.

Ce premier datasprint est né dans l’Académie de Créteil et imaginé par l’équipe de l’Atelier Canopé 94 de Champigny-Sur-Marne. Traces de Soldats est un dispositif interdisciplinaire, collaboratif et contributif, de médiation numérique des savoirs.
Un nouveau datasprint sera proposé en Novembre 2019 (voir le post-scriptum de l’article).

Mise au point

Un datasprint est un exercice de créativité, limité dans le temps, avec les données numériques pour matériau. Il s’agit, en équipe de manipuler un ou des jeu(x) de données — analyser, trier, croiser, mettre en forme, augmenter — pour produire de nouveaux éléments d’intelligence d’une question sous forme de datavisualisations : cartographies numériques, graphiques, infographies… Proposer un datasprint à des élèves, c’est travailler dans le champs des Humanités Numériques les compétences du 21ème siècle tout en participant à une aventure intellectuelle collective. Le datasprint pédagogique propose un cadre hybride et engageant propice à la créativité, à la collaboration, au questionnement. Les participants y développent des habilités numériques et critiques tout en construisant collectivement un savoir autour de la question explorée à travers un ou des datasets. Aucune expertise initiale, technique ou scientifique n’est requise.

La loi de 2016 sur l’ouverture des données “Pour une République Numérique” se fixe comme objectif premier de “favoriser une liberté accrue pour la circulation des données et du savoir”. En effet, au-delà du levier économique créer par la mise en ligne de données ouvertes offertes à la réutilisation, cette loi porte les valeurs d’une forme de transparence utile à l’exercice citoyen, à la prise de décision et à la production d’éléments d’intelligences. Elle rejoint ici des objectifs aux fondements des missions éducatives.

Pour vous donner une idée des résultats, voici l’infographie réalisée par une classe de 3e de l’ensemble scolaire Albert de Mun de Nogent-Sur-Marne dans le cadre du datasprint pédagogique Traces De Soldats

Niveau : Cycle 4 - 3e
Entrée du programme : Thème 1 - L’Europe, un théâtre majeur
des guerres totales (1914-1945). Chapitre 1 - Civils et militaires dans la Première Guerre mondiale

Condition de réalisation :

  • Démarche interdisciplinaire
  • Travail de groupe, coopération et collaboration
  • Le numérique comme environnement de travail

Compétences :

  • Démarche de recherche
  • Manipulation d’archives numérisées
  • Réalisation de datavisualisations
  • Travail de groupe, coopération et collaboration
  • Créativité
  • Contribution aux communs

Ressources utilisées :

  • Les données des fiches numérisées du site Mémoire Des Hommes
  • D’autres archives numérisées ou non

Outils utilisés :

  • Google Sheets (ou équivalent) : tableur collaboratif qui permet aux élèves de travailler sur le fichier de données à plusieurs, en ligne et sans connexion préalable. Il permet aussi de réaliser de nombreuses visualisations de données.
  • Khartis (ou autre) : logiciel de cartographie Open Source de l’Atelier de cartographie du Centre d’expérimentation numérique de Sciences Po. Ce logiciel est utilisable gratuitement en ligne ou en local.
  • Rawgraphs.io (facultatif) : une plateforme Open Source en anglais qui permet de réaliser des représentations graphiques pointues.
  • WordArt.com (facultatif) : pour réaliser facilement des nuages de mots.
  • Voyant-Tools.org (facultatif) : une plateforme Open Source pour procéder à quelques opérations simples de textométrie.

Des tutoriels sont consultables sur le kit d’accompagnement du projet Traces de Soldats réalisé par l’Atelier Canopé 94

Démarche pédagogique

Objectifs :

  • Travailler les compétences du XXIe siècle : collaborer / créer / publier
  • Travailler avec les données ouvertes pour produire de nouveaux éléments de connaissances
  • Entrer dans une démarche citoyenne en contribuant aux communs de la connaissance
  • Learning by doing : comprendre les datavisualisations qui inondent les médias par la production de datavisualisation

Etapes :
Comprendre les données
Tout commence avec un jeu de données sur les Poilus de la Première Guerre mondiale. Un fichier CSV est fourni aux élèves, il comprend la liste des Poilus morts pour la France et nés dans la commune de l’établissement avec leur :

  • Noms et prénoms
  • date et lieu de naissance
  • bureau de recrutement
  • classe militaire
  • matricule
  • grade
  • régiment
  • date et lieu de mort
  • date et lieu de transcription du décès
  • le lien vers la fiche numérisée sur le site Mémoire Des Hommes
    Ces données sont issues d’un travail de crowdsourcing, celui de l’indexation des fiches du site Mémoire Des Hommes auquel le collectif 1 Jour 1 Poilu a grandement contribué. Les données compilées sont disponibles sur le site data.gouv.fr, partenaire de ce datasprint. Elles ont été publiées par l’Atelier Canopé 94.

Nettoyer et compléter les données

Les élèves ont alors pour première mission de nettoyer le jeu de données fourni. Issu d’un travail de crowdsourcing, le jeu a parfois des lacunes. Certaines lignes sont incomplètes, d’autres contiennent des erreurs, d’autres encore des formats d’écriture différents. Le lien vers la fiche numérisée du poilu permet un retour rapide à la source pour vérifier et compléter les données.
Le fichier propre, les élèves vont ensuite pouvoir compléter ce jeu de données. Les archives en ligne permettent d’ajouter de nombreuses informations sur les Poilus. Pour citer les plus accessibles :

  • Les fiches numérisées Mémoire Des Hommes permettent d’ajouter la cause de la mort (celle-ci n’a pas été indexée car elle n’est pas dans l’accord avec la CNIL, c’est pourquoi cette information n’est pas dans le jeu de données initial)
  • Les registres matricules permettent d’ajouter par exemple :
    • la taille du Poilu
    • son métier au moment du recrutement
    • son niveau d’instruction (évalué de 1 à 5)
    • ses caractéristiques physiques
  • Les journaux de marche permettent d’ajouter les batailles auxquelles auraient participé le Poilu (mais c’est un travail de très longue haleine)

Il ne faut pas négliger la richesse des fonds physiques des archives municipales et départementales. On pourra par exemple trouver dans certaines communes des livres d’or contenant le statut marital et le nombre d’enfants.


Les élèves se familiarisent ainsi avec de nombreux fonds d’archives. Ils naviguent sur les portails web des archives de plusieurs départements, ils zooment sur de nombreux documents numérisés, se familiarisent avec leur forme, leur contenu et pratiquent la paléographie pour déchiffrer les écritures manuscrites du début du XXe siècle.
C’est l’occasion pour les élèves de réfléchir aux conditions et aux raisons de production de ces documents et également de comprendre [les différences entre archives primaires et secondaires.

Certaines données nécessitent parfois un travail supplémentaire pour être exploitables. Par exemple, si on veut cartographier les lieux de décès des Poilus, il faudra parfois retrouver les communes correspondantes aux lieux dits qui apparaissent en nombre dans le fichier de données. Fort heureusement, sur ce sujet, d’autres ont travaillé avant nous et ont mis en ligne le fruit de leurs labeur. Le professeur documentaliste pourra ici être le facilitateur de ce travail de recherche documentaire. De nombreuses ressources sont déjà listées dans le guide d’accompagnement préparé par l’Atelier Canopé 94.

Questionner les données

Si Traces de Soldats ne peut pas s’envisager sans utilisation du numérique, le travail en débranché y est parfaitement nécessaire.
Une fois le fichier nettoyé et complété, il est temps de questionner les données. Dans le but de produire des visualisations de données, les élèves sont répartis par groupes. Ils consultent le fichier de données dans son ensemble et réfléchissent à son contenu (ce temps de réflexion peut être facilité en utilisant les méthodes de codesign) :

  1. Ils formulent une question et éventuellement une hypothèse à partir du jeu de donnée : Les soldats les moins gradés sont-ils ceux qui meurent le plus tôt ? Quelle est l’année la plus meurtrière ? Y a-t-il un lien entre le métier et le grade du soldat ou son régiment ? A quel âge meurent les Poilus ?
  2. Ils indiquent quelles données ils vont utiliser pour répondre à leur(s) question(s) ou vérifier leur(s) hypothèse(s).
  3. Ils indiquent quelle représentation graphique ils pensent choisir pour présenter leur résultat (ceci pourra changer par la suite, au moment de la réalisation). Diagramme circulaire, diagramme en barre, dendrogramme, carte, nuage de mots… tout est possible ! Cela nécessite bien sûr que les élèves soient familiarisés avec les différents formats de datavisualisations et ce qu’ils permettent (comparaison, évolution dans le temps, localisation, etc.).

On suit ainsi une démarche de recherche qui permet à l’élève de s’impliquer : il est acteur de son propre apprentissage.

Les calculs statistiques

L’utilisation du tableur est au programme du collège en Mathématiques et dans une moindre mesure en technologie. Le datasprint est un dispositif transdisciplinaire, aussi il est pertinent de travailler avec les collègues de ces disciplines. On utilise les nombreuses fonctionnalités facilitatrices du tableur : moyenne, différence, tableau croisé dynamique, etc. On peut par exemple calculer l’âge

Réaliser des visualisations de données

Les visualisations de données sont partout autour de nous. Les élèves en voient chaque jour à la télévision, dans les publicités, dans leurs manuels, etc. Leur faire réaliser eux-mêmes des datavisualisations doit leur permettre de prendre conscience qu’elles sont toutes issues d’une construction et de nombreux choix. Cette démarche de création doit suivre une méthodologie scientifiquement rigoureuse.
Sur n’importe quel outil tableur, les élèves pourront paramétrer l’échelle et les graduations, modifier les couleurs, légender les axes, ajouter un titre et éventuellement un sous titre. Ces éléments constitutifs de toutes visualisations de données sont travaillés tout au long de la scolarité, dans de nombreuses disciplines (lectures et réalisation de cartes, de schémas, de croquis, de graphiques en Histoire-Géographie, en SVT, en Mathématiques…), mais on peut envisager une séance de sensibilisation à la manipulation par les visualisations de données en amont pour rafraîchir les mémoires.

Voici un exemple de séance de travail autour des manipulations par la datavisualisation : le documents de présentation du professeur et le document à compléter de l’élève.

PDF - 601 ko
PDF - 1.2 Mo

Lors de cette séance, les élèves sont placés par deux. L’un des élèves du binôme travaille sur une datavisualisation erronée ou biaisée pendant que l’autre travaille sur sa version corrigée. Après un premier temps de travail individuel ils comparent leurs réflexions.

Les possibilités de représentations graphiques sont nombreuses : courbe, diagramme en barre, graphique dynamique, nuage de mots, carte, carte interactive... Le choix d’une représentation graphique par rapport à une autre dépend du questionnement des élèves et de ce qu’ils souhaitent représenter. Par exemple, le diagramme circulaire (vers lequel beaucoup d’élèves se tournent) n’est pas un choix pertinent pour comparer des valeurs.

Le storytelling

Chaque groupe a travaillé sur un questionnement et a produit une datavisualisation pour tenter d’y répondre, il faut maintenant mettre en récit leur différents travaux : c’est le storytelling.
Tous les formats sont envisageables : infographie, vidéo, blog... le tout est de donner de la cohérence et de porter un message.
Toujours dans une démarche interdisciplinaire, les professeurs de Français et d’Arts Plastiques pourront être de vraies ressources sur ce point.

La publication

Dans une démarche de classe contributive et de participation aux communs, les travaux des élèves ont tous été publiés sur data.gouv.fr, plateforme interministérielle de publication de données ouvertes françaises. Sur cette plateforme, il est possible de publier des jeux de données et des réutilisations de jeux de données. L’Atelier Canopé 94 a publié le jeu de données compilées de toutes les classes participantes à Traces de Soldats. Il comprend donc les données des Poilus nés dans chaque commune des établissements participants. Les travaux des classes sont consultables sur cette même plateforme et son associés au jeu de données initial.

Carte interractive réalisée par une classe de 3e du collège Théodore Monod de Gagny

Deux précautions sont essentielles avant la publication :
Une datavisualisation ne saurait être complète sans une indication des sources. Les élèves doivent indiquer le nombre de soldats concernés par leurs calculs et les sources des données qu’ils ont utilisées dans leurs calculs et leurs représentations visuelles.
Les élèves devront choisir une licence pour la publication de leur travail. Tous les travaux du datasprint Traces de Soldats ont été publiés sous licence CCBY dont le logo a été apposé sur les travaux.
Il est possible de se familiariser avec les licences creative commons avant la séance ou d’utiliser l’outil d’aide au choix avec les élèves.

Documents d’accompagnement

Le kit d’accompagnement réalisé par l’Atelier Canopé 94 avec une sélection de ressources et d’outils et des tutoriels vidéo pour mener à bien le projet. Ce kit ne se veut pas comme un document modélisant. Les ressources et outils proposés ouvrent des pistes que l’enseignant choisira d’explorer ou non avec ses élèves. La liste n’est d’ailleurs pas exhaustive et les initiatives

Bilan

L’implication des élèves et des enseignants dans le datasprint Traces de Soldats revient à transformer le cours en un mini laboratoire d’humanités numériques sur le modèle de la classe contributive. Chacun est invité à se saisir d’un matériau appartenant au domaine commun, à enrichir les jeux de donnés transmis, à opérer des croisements et à publier de nouveaux éléments d’intelligence. Contribuer ainsi aux communs de la connaissance à travers les environnements numériques est l’occasion pour les élèves et leurs enseignants de participer à une expérience émancipatrice mettant faisant appel aux compétences du XXIème siècle : collaborer / créer / publier qui font l’enseignement d’aujourd’hui.

Bibliographie et sitographie

Post Scriptum :

Un nouveau datasprint pédagogique sera proposé par l’Atelier Canopé 94 en Novembre 2019. Il s’agira d’utiliser les données pour développer l’usage du vélo, un moyen transport responsable. Le dataprint Traces2roues permettra d’aborder mobilités, aménagement, EDD et sécurité routière, autant de thématiques en lien avec les programmes de géographie et d’EMC. Pour participer, contactez l’Atelier Canopé 94

 

Fil twitter de @HGCreteil

  • 5 novembre 2019

    lien lien lien Retrouvez trois extraits vidéos de #conférences sur Les #migrations à la journée d’étude de l’inspection pédagogique régionale du 3 avril 2019 au lycée Germaine Tillion, Le Bourget #géographie
  • Besoin de mettre en place des Aides négociées de Territoire ? Contactez votre correspondant local en ingénierie de formation (CLIF) #formation @AcCreteil lien
  • 6 novembre 2019

    Petit énigme proposée aux enseignants de SNT de l’ @AcCreteil lors d’un atelier de cartographie : quelle ville se situe à 320 Km de Limoges, 198 de Montpellier et 231 Km de Dax ? Pour trouver, on pratique la triangulation grâce à #Edugeo ! Alors qui a la réponse ? cc @HGCreteilpic.twitter.com/Sup7sWSfpf
  • lien Publication de ressources @eduscol_HG en EMC #enseignement #moral #civique pour le programme de #lyceetcg #citoyen
  • lien Publication de ressources @eduscol_HG en #histoire #géographie #géopolitique #sciences #politique pour le programme de #Première générale
0 | 5 | 10 | 15