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Enseigner sans exclure. La pédagogie du colibri de Sylvain Connac

27 / 11 / 2019 | Anne-Gaelle Grandpold
La question de l’hétérogénéité des élèves au sein des classes

Sylvain Connac est enseignant-chercheur en sciences de l’éducation. Il a déjà publié La coopération entre élèves (2017), La personnalisation des apprentissages (2012) et dernièrement, Les pédagogies Freinet : Origines, concepts et outils pour tous (2019).

Dans Enseigner sans exclure, Sylvain Connac aborde la question de l’hétérogénéité des élèves au sein des classes, que ce soit en primaire ou dans le secondaire.
L’hétérogénéité des classes, souvent vécue comme une difficulté pour enseigner, est ici présentée comme une richesse. Sylvain Connac reprend une image empruntée à André de Peretti, pédagogue, psychosociologue et écrivain : la pédagogie du colibri ainsi définie comme "une pédagogie où chacun fait sa part, où le maître construit du collectif et ? où on articule découverte et formalisation". L’élève se retrouve au cœur de la pédagogie dans son individualité mais sans oublier le groupe classe.
Cet ouvrage présente de façon claire et synthétique un état des lieux des savoirs pédagogiques et insiste sur "l’éducabilité de tous les élèves". L’éducabilité est ainsi définie par Philippe Meirieu. Elle "pose une regard encourageant pour l’élève, qui laisse entendre qu’il peut y arriver et que l’enseignant va tout mettre en œuvre pour favoriser sa réussite... mais cela n’en nécessite pas moins que l’élève mette tout en œuvre de son côté pour y arriver" (Diversité n°195, mai-août 2019).
Sylvain Connac s’appuie sur des cas concrets mais alerte sur le risque de généralisation ou de "méthodes clés en main". L’ouvrage, divisé en 7 parties, articule résultats de recherches et aspects pratiques. Chaque partie se clôture par une synthèse des idées principales et comporte également des flash-codes pour accéder à des prolongements.

Partie 1 : comprendre les inégalités scolaires
Tout d’abord, Sylvain Connac revient sur les inégalités scolaires qu’il présente de façon synthétique. Il s’interroge alors sur ce que serait une "école juste" et utilise des références scientifiques récentes, comme le rapport de la CNESCO, pour développer son argumentaire. Il revient notamment sur la question de la différenciation pédagogique qui serait souvent appauvrissante car "les enseignants auraient malheureusement tendance à proposer des activités plus simples, plus découpées et moins stimulantes aux élèves en difficulté envers lesquels ils ont des attentes faibles". Il revient également sur les devoirs, en insistant sur le fait que "le travail individuel des élèves ne devrait pas comporter de difficultés majeures, mais renforcer ce que les élèves ont déjà appris". Il termine en rappelant que l’implicite et les non-dits renforcent les inégalités entre les élèves "en connivence avec la culture de l’école" et ceux qui ne le sont pas.

Partie 2 : la place des leçons dans un processus d’apprentissage
Sylvain Connac revient ici sur les différentes phases nécessaires à l’apprentissage et développe plus longuement l’importance du développement de conflits socio-cognitifs chez les élèves. Ainsi, l’enseignant doit donner "l’occasion à ses élèves, à travers un travail de groupe, de confronter leurs idées sur un même problème" afin de "douter de ses idées" (page 64). Par souci pratique, il propose également un exemple de structuration de leçon de 55 minutes sous la forme d’un tableau synthétique (pages 67-68). Enfin, avec le développement des outils numériques scolaires, il s’interroge sur le principe de la classe inversée et l’utilisation des capsules vidéos dans le processus de construction des apprentissages.

Partie 3 : évaluer sans décourager
Sylvain Connac insiste ici sur l’évaluation dite positive et éducative. Les élèves doivent pouvoir entrer dans une boucle-évaluative jusqu’à réussir ce qui est fixé comme essentiel dans les programmes. L’auteur s’intéresse alors aux bienfaits de la coopération ("personne-ressource"), de l’autocorrection et cherche des pistes pour lutter contre la "résignation de l’élève" ; "pire ennemi de l’enseignant". Il présente aussi dans un tableau synthétique, des outils pour médiatiser, rendre-compte des progrès des élèves comme les brevets ou ceintures.

Partie 4 : autonomie et responsabilité
Sylvain Connac présente ici les concepts d’autonomie (capacité de se diriger par soi-même) et de responsabilité (régulation par soi-même de son propre fonctionnement) en pédagogie. Il insiste ensuite sur le fait "qu’en tant qu’enseignant, il ne suffit pas de se décentrer pour que la classe se fasse. Et il ne suffit pas non plus de laisser les élèves en situation d’autonomie pour qu’ils apprennent" (page 115). Il présente donc ensuite des exemples concrets de mises en œuvre pour développer l’autonomie et la responsabilité chez les élèves comme les ceintures de comportements pour les cycle 2 et 3 ou les métiers et les fonctions.

Partie 5 : l’individualisation par les plans de travail
Sylvain Connac revient ici sur la genèse du plan de travail et son introduction en France par C. Freinet. Il met en garde sur le risque de ségrégation des plus fragiles et rappelle l’importance d’aider individuellement l’élève sans omettre la dimension collective de la classe. Il présente alors et compare les outils que sont la feuille de route (liste des activités que les élèves peuvent réaliser), le contrat de travail (liste minimale des tâches) et le plan de travail comportant en plus des possibilités de projets personnels. Des exemples de plans de travail sont présentés de la maternelle jusqu’au lycée.

Partie 6 : l’organisation de la coopération entre élèves
Sylvain Connac aborde ici la coopération entre élèves en tant que moyen de lutter contre les inégalités scolaires et de favoriser l’inclusion de tous. Comme pour chaque notion abordée, il s’attache dans un premier temps à présenter les recherches récentes et définit précisément la collaboration et coopération pédagogiques. Dans un souci pratique, il évoque ensuite des cas concrets, présente et alerte les enseignants sur les écueils à éviter lors du travail de groupe et de l’organisation de l’aide et du tutorat entre élèves. Des outils très pratiques comme la toile d’araignée d’autoévaluation du travail de groupe ou le tétra-aide sont présentés.

Partie 7 : construire une discipline et une autorité éducative
Sylvain Connac précise ici la différence entre discipline et autorité ainsi qu’entre sanction et punitions. Il réfléchit aux différentes manières d’entretenir le calme et une ambiance de classe propice au travail, qu’il soit individuel ou collectif. Comme dans chaque chapitre, il propose des outils, idées pratiques comme par exemple la carte de gêne, le permis de travail personnel ou les balles de tennis sous les pieds des chaises...

En conclusion, Sylvain Connac insiste sur la nécessité de distinguer élitisme et excellence "pour la promotion d’une école véritablement démocratique et inclusive". Il revient ensuite sur la professionnalité enseignante et l’importance de mettre en place une action efficace de développement professionnel.

 

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