Histoire-Géographie

Saisir la ville par la rue

07 / 09 / 2016 | GOURGUECHON Christophe | POMIER Benjamin
L’exemple de la rue Madang à Shanghai

Les promeneurs-géographes que nous sommes ont découvert cette rue un peu par hasard. C’est en la descendant du nord au sud, pratiquement de bout en bout, et en observant ce qui se trouvait autour de nous, qu’est venue alors l’idée de cette étude de cas sur la rue Madang. Poursuivant la voie tracée par d’éminents géographes, comme Antoine Fleury, nous faisons aussi le pari que la rue est un bel objet géographique à enseigner.

À Mathieu Giroud

Saisir la ville par la rue
Auteurs : Benjamin Pomier, Christophe Gourguechon
Enseignants d’histoire-géographie au lycée Jean Vilar de Meaux (77)

La rue Madang est une artère péri-centrale de Shanghai dans l’est du district central de Huangpu. Orientée globalement Nord-Sud, et longue de 1500 mètres, elle relie deux grandes artères shanghaïennes qui sont la rue Yan’an à hauteur du parc Guangchang, juste au-dessus de la rue HuaiHai et la rue Lujiabang au sud rattachée au périphérique intérieur. En descendant la rue dans ce sens, on croise trois stations de métro : South Huangpi road au départ, sur la rue Huaihai, Madang Road à l’arrivée et au milieu, Xitiandi.

Plan de situation de la rue Madang à Shanghai (Conception : Christophe Gourguechon)

Plan de situation de la rue Madang à Shanghai

La rue Madang offre au promeneur qui la parcoure une grande variété morphologique, fonctionnelle et sociale (voir trame viaire ci-dessous). Un premier segment partirait du parc Guangchang, au nord, jusqu’à la rue Xing’an. Il se caractérise par sa fonction tertiaire supérieure et ses commerces de luxe. L’habitat est constitué de tours de verre aux formes ambitieuses et abritant majoritairement des bureaux et quelques logements de standing. Un deuxième segment partirait de la rue Xing’an à la rue Zizhong. Si la fonction tertiaire supérieure domine encore sur le côté ouest de la rue, le côté est se distingue par la rénovation des shikoumen, habitat typique de Shanghai. L’ensemble, rebaptisé « Xintiandi » (Nouveau monde), forme un quartier commercial et « branché » avec ses cafés occidentaux, boutiques de mode, galeries d’art et restaurants chers. Un troisième segment partirait de la rue Zizhong à la rue Hefei. L’habitat et les fonctions sont ici plus hétérogènes. Les formes d’habitat plus horizontal dominent nettement et s’inscrivent dans des quartiers plus anciens. On y trouve encore des lilongs intacts et des petits commerces, mais aussi de vastes espaces en chantier, cachés par des palissades métalliques. Cependant, déjà quelques bars et cafés flambant neuf s’immiscent ici et là au beau milieu des petits restaurants de rue et des étals de fruits et légumes, sous le regard parfois perplexe des commerçants guettant le client. Enfin, un quatrième et dernier segment partirait de la rue Hefei au périphérique intérieur. Cette fois domine nettement et uniformément l’habitat collectif, grandes tours de béton grises datant de la période maoïste. Pourtant ici aussi une révolution semble en cours : dans un bruit assourdissant des pelleteuses et des marteaux piqueurs, bien cachés derrière de hautes palissades métalliques, se construit là aussi peut-être le centre de Shanghaï de demain. Sur l’une d’entre elles, des panneaux publicitaires montrent ce qui émergera de ces tas de gravats dans des délais très courts : des immeubles de standing destinés ouvertement à une classe moyenne heureuse et triomphante.

Trame viaire et paysages urbains successifs (Conception : Benjamin Pomier)

Cette étude voudrait montrer que la rue est un objet géographique pertinent pour saisir les dynamiques socio-spatiales dans une métropole mondiale émergente et qui constitue un bon point de départ pour n’importe quelle étude de cas abordant cette problématique.

I. La rue : un bel objet géographique

Les promeneurs-géographes que nous sommes ont découvert cette rue un peu par hasard. C’est en la descendant du nord au sud, pratiquement de bout en bout, et en observant ce qui se trouvait autour de nous, qu’est venue alors l’idée de cette étude de cas sur la rue Madang. Poursuivant la voie tracée par d’éminents géographes, comme Antoine Fleury, nous faisons aussi le pari que la rue est un bel objet géographique à enseigner.
Comme le rappelle justement Antoine Fleury dans son article « la rue : objet géographique » (Fleury, 2004), la rue fait de plus en plus l’objet de recherches en sciences sociales, mais il constatait aussi, à l’époque, que le champ avait été encore peu exploré par les géographes. L’ouvrage de Bernard Rouleau sur les rues de Paris est l’un des pionniers du genre (Rouleau, 1967) et a été depuis plusieurs fois réédité. Au carrefour de l’histoire et de la géographie, l’ouvrage aborde par le processus de formation des rues de Paris la fabrique de l’espace urbain, essentiellement à partir de cartes anciennes. Puis, avec la multiplication des questions sur l’espace public, la rue devient un objet de la géographie sociale, en empruntant quelques outils conceptuels à la sociologie (Henri Lefèbre, Pierre Sansot). A partir du cas bien connu de la rue Oberkampf, Fleury démontre que les pratiques de la rue, très diverses, s’étudient à travers le prisme des mutations socio-spatiales des centres urbains. Les études anglo-saxonnes à ce sujet parlaient alors de « privatisation », d’ « ethnicisation », de « marchandisation » ou encore la « festivalisation » de certains espaces publics, de certaines rues, sous l’effet de la métropolisation et de son corolaire, la mondialisation. Les rues sont façonnées par de nombreux acteurs : ceux qui la pratiquent dans la diversité de leurs usages, mais aussi les gestionnaires, les décideurs, les investisseurs. Antoine Fleury et d’autres se sont intéressés particulièrement au rôle de l’action publique dans la production et la transformation des rues plus que sur le rôle des acteurs privés (Fleury, 2008). Finalement, l’enjeu pour le géographe aujourd’hui qui s’intéresse à la rue serait bien de se demander comment les transformations qui affectent la production de la rue permettraient d’observer les recompositions de l’espace urbain dans son ensemble et de l’espace public en particulier.
Les mutations rapides de la ville chinoise interrogent bien sûr aussi sur les mutations de l’espace public urbain. En 2010, Howard Vasquez publiait un article particulièrement intéressant sur les dynamiques urbaines de trois artères de Shanghai (la rue de Nankin, la rue Huahai et la rue de Sichuan). Dans cet article, l’auteur montre que l’on pouvait aborder les recompositions socio-spatiales de la ville chinoise à partir de ces trois rues. Or, là encore, ces recompositions sont indissociables du processus de métropolisation, lui-même issu de la mondialisation et caractéristique de Shanghai (Vasquez, 2010). Il concluait sur une transformation rapide de la rue qui se traduisait par une certaine uniformisation et de nouvelles logiques ségrégatives. A Pékin cette fois, David Bénazéraf (Bénazéraf, 2010) montrait en contrepoint que les mutations observables dans les rues de la ville n’avaient pas fondamentalement affecté la morphologie de l’espace urbain pékinois et que les transformations en cours s’inscrivaient plutôt dans la continuité, que la rue avait gardé son même rapport à l’espace urbain en dépit des mobilités croissantes.
Comment faire entrer la rue comme objet géographique au collège ou au lycée ? La rue offre l’avantage d’être un objet « connu » par les élèves qui la pratiquent tous les jours. C’est un espace familier mais sur lequel ils ne s’interrogent pas toujours, en particulier sur ces pratiques, ces usages, ses mutations. Pour l’enseignant, la rue a une valeur heuristique formidable qui permet d’aborder des problématiques très denses à partir d’un cas très concret. D’autre part, c’est aussi un moyen de s’interroger collectivement sur ce qu’est un objet géographique.
D’abord parce que la rue s’inscrit dans des temporalités différentes. Sur le temps long, la rue est un palimpseste de l’évolution d’une ville. La rue Madang se situe dans l’ancienne concession sous administration française de 1849 à 1946 (Bergère, 2002). Le secteur dans lequel se situe la rue Madang est le dernier cédé aux français après 1899. Les terrains marécageux ont été asséchés puis lotis pour abriter une foule de plus en plus nombreuse, des européens, mais aussi et surtout quelques 250 000 chinois venus pour travailler dans les ateliers, manufactures et entrepôts de la concession.

L’extension des concessions étrangères de 1846 à 1914

Au milieu des années 1850, les Européens obtiennent l’accord des autorités chinoises d’étendre les territoires des concessions qu’ils contrôlent. En échange, ils prennent en charge, en s’appuyant sur des entrepreneurs locaux la construction de logements afin de faire face à l’afflux des populations chinoises dans la ville. Des lotissements sont construits à la hâte : les lilong (du chinois li qui renvoie à l’idée de voisinage, de quartier, et long, la ruelle, la venelle). Le réseau de ruelles bordé de hauts murs, enserre des logements contigus d’un ou deux étages : les shikumen (littéralement « portail de pierre », par lequel on pénètre dans chaque logement). Le tout forme un enclos résidentiel quasi privé. Les matériaux sont dans un premier temps bon marché et le bois prédomine. Puis, à partir des années 1870, les étrangers imposent la brique et la pierre aux entrepreneurs chinois afin de limiter les risques d’incendie. C’est aussi à partir de cette date que les principes d’organisation des logements se fixent. Les maisons sont disposées en rangées parallèles et desservies par tout un réseau de ruelles et venelles plus ou moins larges. Ainsi, sur les rues et les ruelles, les façades présentent un front bâti continu. Les porches de pierre sont les seules voies d’accès au logement. On y entre par une petite cour tout à la fois espace d’accueil et puits de lumière. Quelques petites pièces étroites se succèdent, au rez-de-chaussée et à l’étage, jusqu’au fond de la maison, le long de deux murs aveugles. Souvent, à l’arrière, au-dessus de la cuisine, une pièce de dimension réduite elle aussi (une dizaine de m² tout au plus) appelée « le pavillon » rappelle nos mansardes parisiennes.

Ruelle dans un lilong dans les années 1930
Musée historique de Shanghai (Bergère, 2002)

On estime qu’en 1940, date à laquelle on a cessé de construire de nouveaux quartiers de ce type, huit Shanghaiens sur dix vivaient dans ce type d’habitat (site du consulat général de France à Shanghai). Quartiers populaires et ouvriers par excellence, sans grand confort, les lilong d’alors abritent aussi des employés, de petits fonctionnaires ou des étudiants.
Dans les années 1950, le nouveau régime conserve les lilong et shikumen en l’état mais les ruelles relèvent dès lors du secteur collectif et non plus privé.
Après 1990, face aux nouveaux projets urbains, une partie des lilong sont détruits pour faire place à de nouveaux aménagements. Ainsi, dans l’arrondissement de Luwan, au cœur de la concession française, autour de la vieille école où fut fondé le parti communiste chinois en 1921, un complexe de loisir (lac artificiel, galeries commerciales et logements luxueux) est mis en place. C’est aussi à partir de cette période que les shanghaiens aisés commencent à racheter et rénover ces logements non dépourvus de charme.

Un lilong rénové dans le district de Luwan
Musée de la planification urbaine de Shanghai.(photo CG)

Deuxièmement, la rue est un objet géographique qui s’inscrit forcément dans une étude multiscalaire. La rue est un micro-espace complexe (Fleury, 2002), un système spatial qui doit s’observer bloc par bloc pour en saisir les temporalités, les différences morphologiques et fonctionnelles, les pratiques, et établir ensuite des différenciations spatiales. A une autre échelle, la rue est espace de mise en relation de lieux qui s’analyse à l’échelle du quartier, de la ville dans un tissu urbain pris dans sa totalité. A une plus petite échelle, certaines rues reflètent parfaitement des mutations socio-économiques en cours dans le pays dont la prise en compte est nécessaire à l’observation. Enfin, c’est aussi en tenant compte de l’échelle mondiale que la rue s’observe car elle canalise des flux humains, commerciaux, financiers, flux d’information du monde entier. Ainsi le quartier de Xintiandi avec ses boutiques Zara, ses cafés Costa et Starbucks, ses fast foods, ou la rue entière avec ses grands panneaux publicitaires vantant de grosses berlines allemandes, ses promoteurs étrangers et ses buildings génériques en verre, sont en quelque sorte l’expression vivante de la mondialisation dont on peut faire l’expérience.

Troisièmement, la rue est un espace vécu et un espace perçu. La pratique de la rue dépend de ses usages qui sont nombreux et parfois conflictuels, le plus souvent sélectifs dans l’espace. Les hommes d’affaires pressés fréquenteront plutôt le haut de la rue dans la journée sans toutefois forcément s’y arrêter, si ce n’est à l’occasion d’une pause déjeuner ou pour discuter d’un contrat sur l’une des terrasses de ce haut lieu de sociabilité qu’est le quartier de Xintiandi. C’est aussi vers ce quartier que convergeront les flux de touristes ou les clients fortunés des boutiques à la mode. D’autres, qui résident encore dans la partie sud ne s’aventurent guère dans la partie nord et se contenteront de fréquenter les petits commerces qui ont pu se maintenir entre la rue Fuxing et la rue Hefei. Il y a ainsi, autant de manières de pratiquer la rue qu’il y a d’individus, avec des rythmes de fréquentation très variables : exceptionnelle pour le touriste de passage ou quotidienne pour celui qui y réside ou y travaille. Lieu de sociabilité par excellence, il se noue dans la rue des relations de voisinage, de travail, entre commerçants et leurs clients, etc. Finalement, la rue est bien le lieu de l’extimité (Lévy), le lieu où il est possible de de s’unir aux autres sans tomber dans l’intimité.

La rue objet géographique (Conception : Christophe Gourguechon)

Enfin, la rue est le lieu qui permet la circulation et les flux. A pieds, en vélo, en voiture, en bus ou sous terre en métro, la rue permet d’abord la circulation et l’accès aux bâtiments, dans une ville où le vélo a été largement supplanté par l’automobile et dans laquelle se pose le problème de la mobilité de 19 millions d’habitants. La rue Madang est desservie par trois stations de métro : South Huangpi Road (ligne 1), Madang Road (ligne 9), Xintiandi (ligne 10). Toutes ont été ouvertes entre 1990 et 2010 pour un réseau de plus de 567 km desservi par plus de 300 stations. Le 30 avril 2014, le volume journalier du métro bat son record en s’élevant à près de 9,4 millions de passagers. Cette poussée des mobilités motorisées depuis la fin des années 1970 se ressent aussi « à l’air libre ». La population de Shanghai a plus que doublé entre 1978 et 2013. Cette évolution démographique associée au développement économique et social d’une partie de la population s’est accompagnée d’une augmentation des véhicules motorisés en tout genre.

Ainsi, comme dans toute métropole importante, la rue est un lieu nécessairement partagé.

Partage de la rue à Shanghai (coll° CGourguechon)

II. La rue Madang comme point d’entrée de la métropolisation

Shanghai est apparue en deux décennies comme l’une des principales métropoles émergentes dans le monde. Elle incarne la vitrine de la modernité et de la croissance en Chine. A partir des années 1980, le développement économique se concentre surtout hors de la ville-centre, dans le district de Pudong, sur la rive orientale du Huangpu. De gigantesques travaux sont entrepris comme les ponts au-dessus du Huangpu, l’édification de tours à Lujiazui, la rénovation du waterfront le long du Bund , etc. Modernisation et internationalisation de la ville vont de pair. Shanghai est entrée pleinement dans le réseau des villes-mondiales et devenue un pôle structurant de la mondialisation. C’est aujourd’hui la ville la plus attractive de Chine bien intégrée aux circuits financiers et commerciaux du monde. La bourse de Shanghai rivalise désormais avec celle de Hong-Kong et se place en 6e position en termes de capitalisation.
La croissance de Shanghai est aujourd’hui essentiellement due au secteur tertiaire. La part de ce secteur dans le PIB urbain est passé de 30 à 65% entre 1990 et 2010 et concerne essentiellement la finance, l’immobilier, les transports, les NTIC, les assurances. C’est surtout la ville centre qui polarise les services supérieurs alors que les fonctions industrielles et logistiques sont rejetés en périphérie.
Les quartiers centraux et péricentraux sont devenus très attractifs pour les salariés de la société de service et les « hyper-cadres de la mondialisation » (Authier, 2008). Ce processus d’embourgeoisement des quartiers populaires est bien connu sous le vocable anglo-saxon de gentrification, utilisé pour la première fois par Ruth Glass en 1964 pour désigner cette forme particulière d’embourgeoisement des quartiers populaires, passant par la transformation de l’habitat, voire de l’espace public et des commerces (Clerval, 2008, 2014). Il faut mettre en relation ce processus avec la tertiarisation des villes-centre et les choix résidentiels des particuliers. A l’époque maoïste, les choix résidentiels étaient très réduits et encadrés : les habitants vivaient sur leur lieu de travail, hébergés par l’entreprise, le Danwei, l’unité de travail. La vie privée était inexistante mais les relations sociales entre voisins étaient fortes (Bénazéraf, 2011). Depuis les réformes de Deng Xiaoping, le Danwei a pratiquement disparu et la privatisation de l’espace urbain et du logement est une véritable révolution dans la structure de la ville chinoise. Les citadins les plus aisés peuvent désormais choisir leur logement avec une nette préférence pour l’appartement de standing sur le modèle occidental.

Ces changements sont particulièrement visibles dans la rue Madang, à la fois dans le renouvellement du bâti résidentiel et dans celui des espaces publics. Dans la partie nord de la rue, les lilongs ont totalement disparu et fait place à des tours en verre abritant des bureaux comme dans le Hong-Kong New World Tower ou le Platinum. Dans la partie centrale, le nouveau quartier de Xintiandi (Gaubetz, 2008). Partie sud, on se situerait plutôt sur un front de gentrification avec la destruction de l’habitat ancien et la construction de nouveaux immeubles de standing, l’apparition encore ponctuelle de cafés et de boutiques occidentales, encore un peu isolées au milieu des anciens commerces de détail. Cela se voit aussi dans le renouvellement du mobilier urbain : plantation d’arbres, pots de fleurs, trottoirs dallés, à l’inverse de la partie méridionale de la rue avec ses trottoirs encore défoncés.

« Parler aujourd’hui de la rue d’une grande ville chinoise, c’est à la fois parler de toutes les rues des grandes métropoles contemporaines et parler de la Chine » (BRES, CUENOT, SANJUAN, 2010).

La rue Madang renvoie bien, elle aussi, une certaine image de la Chine. On pourrait y voir dans sa partie nord l’expression de ce que Koolhass appelle la « ville générique », une ville semblable à n’importe quelle autre métropole et qui ne se singulariserait que par son absence de singularité : espace semblables et homogènes, privatisation progressive du domaine public, rues piétonnes, architecture standardisé, « disneylandisation » du patrimoine, le quartier branché, etc. Finalement, le haut de la rue Madang exprime parfaitement l’importation et la reproduction d’un modèle occidental générique, d’une mondialisation croissante de la ville chinoise. La partie sud de la rue se situe sur ce que Clerval nomme « le front de gentrification » : les travaux en cours augurent d’un profond renouvellement morphologique, fonctionnel et social.

III. La rue, un bel objet didactique à mettre en œuvre dans la classe

De l’étude d’un objet géographique à son enseignement

Le présent article permet de s’interroger sur un objet géographique qui s’inscrit tout entier dans les questionnements impulsés par les programmes du secondaire en géographie (dynamiques urbaines, espace vécu, espace perçu, métropolisation,…). Ainsi, cet objet géographique passionnant à étudier pour le géographe est aussi un objet géographique à enseigner dans les classes. Nous faisons alors le pari, à partir de l’étude de ce micro-espace complexe (A.FLEURY) de faire comprendre aux élèves, puis expliquer les mutations et recompositions de l’espace urbain dans le contexte de mondialisation. La démarche porte sur la confrontation d’observations « au ras du sol » (paysages urbains) et de documents tirés de travaux scientifiques (géographes et historiens) portant sur l’espace concerné, mais au-delà sur le processus de mondialisation en cours. Les élèves sont amenés à construire leur savoir de manière la plus autonome possible, l’enseignant venant les appuyer dans leur cheminement.
Nous présentons ici des pistes de mise en œuvre pour deux niveaux différents, la classe de Terminale et le cycle 4 (approfondissements) des nouveaux programmes de collège (classe de 4ème).

Place dans les programmes du secondaire (Quelques exemples)

Pistes pour une séance

Problématique possible « Comment la mondialisation recompose l’espace urbain : l’exemple de la rue Madang à Shanghai. »
Objectif général : Faire prendre conscience des conséquences spatiales et sociales de la mondialisation sur l’espace urbain d’une grande métropole mondiale.

Documents de travail (pour chaque binôme) :
Une fiche élève comportant les consignes de mise en œuvre de la séance et un tableau à compléter (on pourra y adjoindre ou y intégrer un questionnement permettant de guider les élèves les plus en difficulté/différenciation)

Exemple de tableau possible :

Des photographies actuelles de divers secteurs de la rue Madang mettant en évidence les caractéristiques morphologiques, fonctionnelles et sociales se succédant du nord (centre) au sud (périphérie) de la rue = « déambulation virtuelle ».
Un plan des concessions étrangères dans les années 1930
Un document rappelant dans quelles conditions se sont mis en place les « lilong/Shikumen »
Un texte accompagnant la réflexion sur les effets de la mondialisation (métropolisation, gentrification,…)
Un plan de situation de la rue Madang à Shanghai

Objectifs de compétences/capacités :
Décrire
Prélever, hiérarchiser, confronter des informations
Utiliser des documents géographiques de nature différente
Réaliser un schéma de synthèse (carte mentale, schéma fléché, …)
Rédiger un paragraphe organisé et argumenté et/ou présenter à l’oral la synthèse d’une question

Modalités de mise en œuvre de la séance :
Travail en binôme ou groupe restreint (avec ou sans PC)
Tout ou partie des documents peuvent être déposés sur le réseau de l’établissement (intérêt : zoom possible, documents en couleurs,…) ; Les documents sont distribués sous format papier / projetés sur tableau blanc ou TNI (diaporama défilant)
Une « promenade virtuelle » dans la rue, du Nord au sud, peut être réalisée à partir d’un « Prezi », par exemple / la trame viaire associée aux photos peut-être, par ailleurs, distribuée aux élèves.

Découpage de la séance :
La séance se déroule sur une heure
La séance en classe se déroule en 3 phases : 1. Observation (photos de différents secteurs de la rue et plan de situation)/2. Différenciation de l’espace de la rue/3.Compréhension des mutations en cours (textes scientifiques)/4. Réalisation du schéma fléché, carte mentale,…
L’évaluation pourrait consister en une rédaction de réponse organisée et argumentée en s’appuyant sur le schéma réalisé et les documents fournis (devoir maison individuel à rendre avec un exemplaire du schéma réalisé en groupe)

Bibliographie indicative

AUTHIER Jean-Yves, BIDOU-ZACHARIASEN Catherine, La question de la gentrification urbaine, Espaces et sociétés 1/2008 (n° 132-133) , p. 13-21
BENAZERAF David, Pékin tourne le dos à ses rues ?, EchoGéo, 12 | 2010
BENAZERAF David, Quand la Chine fait peau neuve, Sciences Humaines n°193, mai 2008
BERGERE Marie-Claire, Histoire de Shanghai, Fayard, 2002
BRES Antoine, CUENOT Jean-François, SANJUAN Thierry , « Rues en parallèle, une étude comparative entre Shanghai et Paris », EchoGéo 12 | 2010
CLERVAL Anne, Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris , Cybergeo : European Journal of Geography, 2010
DOULET Jean-Pierre, Où vont les villes chinoises ?, Perspectives chinoises, 4/2008
FLEURY Antoine, De la rue-faubourg à la rue « branchée : Oberkampf ou l’émergence d’une centralité des loisirs à Paris., L’Espace géographique 3/2003 (tome 32) , p. 239-252
FLEURY Antoine, La rue : un objet géographique ?, Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 5/2004
FLEURY Antoine, Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et d’Istanbul, Thèse de doctorat, Université Panthéon-Sorbone, Paris I, 2007
GAUBATZ Piper, Les nouveaux espaces publics en Chine, Perspectives chinoises, 4 / 2008
GIROUD Mathieu, Le cours Berriat, de Charles Anthelme Roux à aujourd’hui : évolution d’un espace urbain et de son analyse scientifique, mémoire de maîtrise, Université J. Fourier – Genoble I, 2000
SANJUAN Thierry, Atlas de Shanghai, Autrement, 2009
VASQUEZ Howard, Les dynamiques urbaines de Shanghai : trois artères péri-centrales en mutation, EchoGéo 12 | 2010

 

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